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Lundi, 1er mai 2006

Discours du Président Zine El Abidine Ben Ali à l'occasion de la Fête internationale du Travail

Carthage, le 1er mai 2006

Au Nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux

 

Citoyennes,
Citoyens,

Nous célébrons, aujourd'hui, avec l'ensemble des pays du monde, la Fête du travail, pour honorer les valeurs du travail et de l'abnégation, et témoigner de notre considération aux travailleurs, hommes et femmes, ainsi qu'aux entreprises et aux commissions consultatives d'entreprises, saluant leurs efforts en vue de consolider les fondements du développement, et leur persévérance dans la quête de la distinction et de l'excellence, pour renforcer le progrès de la Tunisie et sa prospérité.

Tout en félicitant tous ceux qui viennent de recevoir des prix et des récompenses à cette occasion, je voudrais saluer nos prestigieuses organisations nationales, l'Union Générale Tunisienne du Travail, l'Union Tunisienne de l'Industrie, du Commerce et de l'Artisanat, et l'Union Tunisienne de l'Agriculture et de la Pêche, en leur rendant hommage pour leur attachement au dialogue et à la consolidation du consensus social, et leur action continue en vue d'asseoir les fondements de la stabilité, témoignant ainsi de leur sens profond de la responsabilité et de leur engagement au service de l'intérêt supérieur de la nation.

L'année 2006 constitue la deuxième année du sixième Programme triennal de majoration des salaires dans les secteurs public et privé. L'année 2005 et le début de l'année 2006 ont été marqués par le versement de la première tranche des augmentations de salaires convenues entre les parties concernées, tant dans le secteur privé que dans celui de la fonction publique. Le versement de cette première tranche a également concerné la plus grande partie des salariés des entreprises publiques, alors que les négociations se poursuivent pour le reste des entreprises de ce secteur.

Compte tenu de notre attachement à préserver le pouvoir d'achat des salariés à revenu limité, nous annonçons notre décision d'augmenter le salaire minimum garanti (SMIG) dans les secteurs agricole et non agricole. Le gouvernement se chargera de fixer le montant de cette majoration, après concertation avec les organisations professionnelles concernées.

D'autre part, et afin que les augmentations de salaires touchent l'ensemble des catégories de salariés, nous annonçons notre décision de relever les salaires des travailleurs non couverts par des conventions collectives sectorielles ou des statuts particuliers.

Nous comptons sur la conscience qu'ont les différentes parties des contraintes propres à la présente étape, ainsi que sur leur sens patriotique et leur perception des défis posés pour parachever les négociations en cours dans les plus brefs délais, de manière à assurer aux travailleurs des augmentations raisonnables qui tiennent compte des possibilités des entreprises et des charges croissantes qui pèsent sur le budget de l'Etat et sur l'économie nationale en général, du fait de la hausse continue du prix mondial des carburants, et favorisent en même temps une mobilisation accrue de l'ensemble des énergies et des efforts pour que nous puissions relever les défis auxquels nous sommes confrontés, accroître la production et en améliorer la qualité.

L'amélioration des salaires s'inscrit dans le cadre d'un processus global qui prend en considération, d'une part, le droit des travailleurs à la sauvegarde de leur pouvoir d'achat, et assure, d'autre part, la continuité et l'accélération du processus de développement dans notre pays, à travers le renforcement de la compétitivité de nos produits nationaux et la mobilisation des ressources et des moyens requis pour assurer des opportunités de travail aux flux de plus en plus nombreux des demandeurs d'emploi.

Notre pays a pu réaliser des progrès continus dans tous les domaines, ce qui lui a permis d'occuper une place de choix parmi les pays du monde. Voilà bien ce qui nous incite à redoubler d'efforts pour sauvegarder les acquis réalisés et les accroître.

Au regard de l'instabilité qui caractérise la conjoncture économique mondiale, du fait des incidences de la mondialisation sur les entreprises de production, nous nous sommes attachés à mettre en place un système cohérent pour la protection et l'encadrement des travailleurs licenciés ou ayant perdu temporairement leur emploi pour des raisons économiques ou techniques, de manière à fournir des aides à ces travailleurs, ainsi que des possibilités de formation et d'adaptation professionnelles en vue de favoriser leur réinsertion dans le circuit de production. Nous avons, également, garanti le paiement des indemnités et droits légalement dus aux travailleurs touchés à la suite de la fermeture subite et définitive des entreprises qui les emploient, avec maintien, pendant une année, de la couverture sanitaire et des prestations familiales au profit des travailleurs concernés.

Nous avons déjà eu à annoncer, dans notre discours à l'occasion du cinquantenaire de l'Indépendance, un ensemble de mesures nouvelles, destinées à améliorer ce système de protection en portant de six à douze mois la période maximum de versement de l'indemnité assurée à ces travailleurs, avec simplification des conditions et procédures de son octroi.

Dans le but de consolider le système que nous avons mis en place pour aider les entreprises en difficulté, nous ordonnons de faire évoluer ce système de manière à favoriser la remise en activité des entreprises ayant arrêté leurs activités à la suite des difficultés qu'elles ont rencontrées, et ce, en promulgant un texte relatif à la reprise et à la transmission d'entreprises, permettant, d'une part, d'inciter les investisseurs à redynamiser les entreprises qui ont arrêté leurs activités à la suite des difficultés rencontrées, et facilitant, d'autre part, la transmission d'entreprises qui ne connaissent pas nécessairement de difficultés, mais dont les propriétaires arrivent à la fin de leur carrière et souhaitent arrêter leur activité pour cause de maladie ou de départ à la retraite, tout en tenant à assurer la continuité de l'entreprise, après eux.

La promotion de l'emploi reste au premier plan de notre programme et de nos priorités nationales, tant nous sommes convaincus que l'emploi est un attribut fondamental de la dignité de l'homme, en même temps que l'une des conditions essentielles de l'équilibre et de la stabilité de la société.

Les dernières années ont été marquées par une augmentation de la demande d'emploi et un changement profond de sa structure, du fait de l'accroissement continu du nombre des diplômés de l'enseignement supérieur, un accroissement qui est appelé, selon les prévisions, à se poursuivre tout au long de la prochaine décennie.

C'est pour cela que nous avons considéré l'emploi des diplômés de l'enseignement supérieur comme une nécessité impérieuse et une responsabilité que toutes les parties doivent contribuer à assumer, aux côtés de l'Etat, qui en a résorbé un grand nombre.

Nous avons assuré les conditions propices à l'augmentation des créations d'emplois et stimulé l'esprit d'initiative parmi les diplômés de l'enseignement supérieur, pour les encourager au travail indépendant et à la création d'entreprises. Nous avons, d'un autre côté, institué de nombreuses incitations en vue d'encourager les entreprises à embaucher des diplômés de l'enseignement supérieur, afin de renforcer leur taux d'encadrement, de consolider leur compétitivité et de favoriser leur insertion réussie dans les circuits de l'économie mondiale.

Le Fonds National de l'Emploi dont les interventions ont touché près de 580.000 demandeurs d'emploi, dont 49.000 diplômés de l'enseignement supérieur, a contribué à appuyer les efforts entrepris dans ce domaine, et a favorisé la formation et l'emploi d'un grand nombre de jeunes demandeurs d'emploi dont un nombre appréciable a pu acquérir l'expérience professionnelle et le savoir-faire requis pour pouvoir s'intégrer dans les circuits de production, sans compter les actions de formation complémentaire et les opportunités d'emploi que le Fonds a pu offrir à plusieurs milliers de diplômés de l'enseignement supérieur.

Dans le but de mobiliser toutes les possibilités d'emploi dans les différents secteurs, nous avions ordonné de créer des commissions sectorielles au niveau de l'ensemble des ministères, en vue d'explorer les possibilités d'emploi que recèle chaque secteur et qui peuvent contribuer à résorber un surcroît de diplômés de l'université, dans les activités de production et de gestion.

Nous avons déjà ordonné, au cours de l'année passée, de mettre au point un programme national pour la formation en langues étrangères des diplômés du supérieur qui sont en quête d'emploi, compte tenu des besoins des secteurs professionnels, de manière à favoriser l'investissement étranger et à renforcer les opportunités d'emploi au profit de cette catégorie de diplômés.

Nous continuons à œuvrer en vue d'identifier les solutions et les voies les plus adéquates pour ouvrir les perspectives d'emploi devant nos jeunes générations, de tous les niveaux d'éducation et de formation, et de consolider leur confiance dans l'avenir.

L'évolution vers les modes d'économie libérale fondée sur les règles du marché, le progrès technologique et l'apparition de nouveaux modes d'organisation du travail ont tous confirmé le besoin pour un accroissement de la productivité, impliquant par la même une demande accrue de main-d'œuvre qualifiée et de cadres spécialisés de haut niveau.

Nous avons ordonné de tenir compte de ces enjeux dans le schéma de développement pour la décennie à venir, afin que nous puissions accélérer le rythme des créations d'emplois, de manière à atténuer le chômage et à assurer l'intégration du plus grand nombre possible de demandeurs d'emploi dans le circuit de production.

Nous avons constamment considéré qu'un système de formation efficace est le support essentiel du développement économique. Nous avons œuvré, depuis le Changement, à mettre en place un système fondé sur la pluralité des modes de formation et la diversité des filières et spécialités dans le cadre d'un partenariat efficace entre les structures de formation et les entreprises de production. Nous avons, également, défini un plan cohérent qui a permis la création d'un grand nombre de centres spécialisés et la restructuration d'un ensemble de centres existants. Nous avons, d'un autre côté, franchi des étapes importantes dans la conception des programmes de formation et l'amélioration du niveau de la formation et de l'apprentissage en entreprise.

La sécurité sociale représente un volet fondamental de notre politique, en vue de renforcer le progrès et le bien-être des assurés sociaux, grâce au volume des prestations et avantages qui leur sont assurés par le système. La sécurité sociale est aussi un mécanisme essentiel pour consacrer la solidarité entre les différentes catégories sociales et les générations, et pour soutenir les citoyens à faible revenu et les catégories vulnérables.

Nous avons apporté un ensemble de réformes essentielles au système de sécurité sociale, en élargissant le champ de couverture afin d'y intégrer l'ensemble des actifs occupés. C'est ce qui nous a permis de porter le taux de couverture à environ 89%.

Nous avons œuvré, d'un autre côté, et avec la même détermination, à suivre attentivement les équilibres financiers des divers régimes de sécurité sociale en observant de très près l'évolution attendue de leurs engagements et de leurs équilibres, à la lumière des mutations profondes dans la structure d'âge de la population tunisienne et de l'augmentation de l'espérance de vie à la naissance. Nous avons eu à souligner, depuis plus d'une dizaine d'années, que l'augmentation des dépenses de certains régimes de sécurité sociale et, tout particulièrement, des régimes de retraite, à un rythme plus rapide que celui des ressources, représente l'un des facteurs essentiels de déséquilibre pour ces régimes, du fait de la générosité des prestations comparée aux cotisations, mais à cause également du nombre important des cas de mise à la retraite avant l'âge légal, qui continuent de représenter, malgré les mesures prises, 45% des cas de mise à la retraite dans le secteur public, et 38% des cas dans le secteur privé, ce qui, de toute évidence, rompt l'équilibre entre les cotisations et les prestations. Nous devons, tous autant que nous sommes, être attentifs à ces questions et évolutions, afin de sauvegarder l'aptitude des caisses à honorer leurs engagements envers leurs adhérents et de garantir la pérennité des régimes de couverture sociale.

Citoyennes,
Citoyens,

Nous avons fondé notre politique sociale sur le dialogue, la négociation et la participation constructive dans le cadre d'une approche permettant de tenir compte des intérêts des différentes parties et de répondre aux aspirations de la communauté nationale. Et s'il est de notre devoir d'enrichir en permanence les réalisations et les acquis sociaux, il est aussi de notre responsabilité de veiller à ne pas consommer tous les fruits de la croissance, afin de préserver le rythme de développement et l'effort d'investissement, d'accroître les richesses nationales et de créer de nouvelles opportunités de travail pour les demandeurs d'emploi.

C'est là l'un des aspects de la justice, qui permet d'assurer la promotion de toutes les catégories et générations, de consolider l'équilibre social entre les unes et les autres, et de renforcer en elles la fierté d'appartenir à une même communauté nationale unie, harmonieuse, cohérente et solidaire.

Nous sommes confiants que nos organisations nationales, de même que l'ensemble des composantes de notre société civile, ainsi que toutes les Tunisiennes et tous les Tunisiens sont conscients de l'importance de cette étape et des enjeux qu'elle comporte, enjeux que nous continuons d'œuvrer à remporter, avec une détermination inflexible, en nous attachant à impulser le processus de progrès de notre pays sur la voie de l'invulnérabilité et du bien-être, et en ayant pour but ultime la gloire de la Tunisie et la prospérité de son peuple.

Merci de votre attention.

 
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