Le
Président de la République accorde
une interview à l'Agence italienne Ansa
Aspiration
de la Tunisie à promouvoir la coopération tuniso-italienne
et à opter pour de nouvelles méthodes pour la
dynamiser et l'enrichir
11/05/2004--
L'Agence italienne Ansa a diffusé, mardi, le texte de
l'interview que lui a accordée le Président Zine
El Abidine Ben Ali à l'occasion de sa visite en Italie.
Dans
cette interview, le Chef de l'Etat a notamment souligné
la volonté de la Tunisie de promouvoir sa coopération
avec l'Italie et de concevoir de nouvelles méthodes pour
la dynamiser et l'enrichir, en prenant appui sur l'importance
de tout ce qui a été réalisé jusqu'à
présent, ainsi que sur le riche passé et le courant
culturel ininterrompu entre la Tunisie et l'Italie.
Le
Président de la République a réaffirmé
la ferme volonté de consolider les liens de communication,
en vue de construire un espace méditerranéen solidaire,
soulignant que la coopération tuniso-italienne en constitue
une des assises fondamentales.
Question
:
La prochaine
visite de votre Excellence en Italie, témoigne de la
solidité des relations entre la Tunisie et l'Italie.
Quels sont donc les résultats que vous attendez de vos
imminentes rencontres avec les responsables italiens ?
Réponse
:
Le rythme
d'évolution des relations entre la Tunisie et l'Italie
incite à la satisfaction tout autant qu'à l'optimisme.
Il suffit de relever le caractère privilégié
de ces relations et de la place de premier plan que ce pays
ami occupe dans la coopération avec la Tunisie, pour
se rendre compte de l'authenticité et de la solidité
des liens qui unissent nos deux pays.
Cependant, ces relations, nonobstant leur solidité, restent
ouvertes à l'enrichissement et à l'amélioration
continue, dans le sens des intérêts de nos deux
peuples. C'est précisément ce à quoi nous
aspirons à la faveur de notre rencontre renouvelée
avec les responsables italiens. Nous avons, ainsi, l'espoir
de réussir à enrichir les programmes de coopération
existants et à concevoir de nouvelles méthodes
pour les impulser davantage, de manière à satisfaire
aux exigences du degré de développement atteint
par la Tunisie, et à notre aspiration à la réalisation
d'une mutation qualitative qui puisse illustrer la spécificité
des liens qui nous unissent.
L'Italie fait partie du peloton de tête de nos partenaires
dans les domaines de l'investissement, du commerce et des échanges
culturels. Elle occupe le deuxième rang des investisseurs
étrangers en Tunisie.
L'affluence grandissante des détenteurs de capitaux et
des hommes d'affaires italiens en direction de l'investissement
en Tunisie apporte la meilleure preuve que compte tenu de l'existence
d'un climat politique positif entre nos deux pays, l'avenir
de nos relations, dans tous les domaines, est appelé
à connaître un bond qualitatif crucial.
Nous tenons à réaffirmer, quant à nous,
notre aspiration à promouvoir la coopération tuniso-italienne
et à opter pour de nouvelles méthodes pour la
dynamiser et l'enrichir, en prenant appui sur l'importance de
tout ce qui a été réalisé jusqu'à
présent, ainsi que sur le riche passé et le courant
culturel ininterrompu entre la Tunisie et l'Italie, qui trouve
son illustration, notamment dans le secteur touristique, l'Italie
occupant la troisième place des pays dont les ressortissants
choisissent de passer leurs vacances en Tunisie.
Il existe une forte volonté de consolider les liens de
communication, en vue de construire un espace méditerranéen
solidaire dont nous pensons que la coopération tuniso-italienne
constitue l'une des assises fondamentales. Nos rencontres avec
nos amis italiens nous offriront l'occasion de réaffirmer
cette option.
Question
:
Que
peut présenter l'Italie, au bénéfice de
la Tunisie, dans le contexte de la nouvelle carte de l'Europe
?
Réponse
:
La Tunisie,
comme vous le savez, a été le premier pays de
la rive Sud de la Méditerranée, a avoir signé
un accord d'association avec l'Union européenne, le 3
juillet 1995 ; un accord qui se caractérise par sa globalité
et ses finalités de réalisation de l'intégration
économique et d'instauration d'une zone de libre échange.
Cette relation privilégiée est significative de
l'interdépendance et de la conjonction des intérêts
entre nos deux pays. Depuis le Changement du 7 novembre 1987,
nous nous sommes employés à consolider ces relations
et à les promouvoir, compte tenu de leur importance dans
le cadre de l'intégration de notre économie dans
le circuit de l'économie mondiale et de la garantie de
son invulnérabilité et de sa compétitivité.
Nous considérons, pour notre part, que l'Europe, qui
est notre premier partenaire économique, est investie
d'une responsabilité particulière, celle d'aider
notre pays à réaliser son intégration.
Nous avons bon espoir que l'Union européenne -- qui s'élargit,
aujourd'hui, à dix nouveaux Etats membres -- restera
ouverte à ses partenaires traditionnels, parmi les pays
du voisinage, y compris la Tunisie.
Etant convaincus que l'Italie est investie d'un rôle privilégié
au sein de l'Union Européenne, nous nous préoccupons
d'exploiter au mieux les relations excellentes qui existent
entre nos deux pays, de telle sorte qu'elles constituent durablement,
des piliers de la coopération et de l'interaction entre
la Tunisie et l'ensemble de l'espace européen.
L'Italie a joué un rôle actif dans la réalisation
de l'accord de partenariat entre la Tunisie et l'Union Européenne.
Aussi comptons-nous sur son apport pour assurer la réussite
des prochaines échéances de la coopération
tuniso-européenne et euro-méditerranéenne,
tout particulièrement à la lumière de la
nouvelle politique de voisinage, afin de lui conférer
davantage de vitalité et d'efficacité et de servir
nos objectifs et intérêts communs, sur la base
de notre attachement commun au principe du co-développement,
en tant que fondement des relations entre pays du Nord et pays
du Sud, et dans le sens de l'illustration de l'interdépendance
entre les notions de sécurité, de paix et de développement.
Question
:
Le Sommet
arabe est imminent. Pouvons-nous savoir, Monsieur le Président,
quels sont les points d'appui de l'approche tunisienne concernant
la réforme de la conjoncture arabe et la promotion des
mécanismes de l'action arabe commune, représentés
par la Ligue des Etats Arabes, pour les rendre plus proches
des aspirations des peuples arabes ,
Réponse
:
La
Tunisie, qui s'enorgueillit de son appartenance arabe, a toujours
été et reste au premier rang, dans la présentation
d'initiatives réalistes, qui sont en harmonie avec les
attentes du citoyen arabe et répondent à ses aspirations.
Nous avons maintes fois appelé à l'adoption d'une
stratégie cohérente et claire, qui puisse donner
au groupe des Etats Arabes l'aptitude de s'insérer dans
les processus qui focalisent l'attention mondiale, et en tout
premier lieu, l'action d'édification de sociétés
modernes, nanties de systèmes éducatifs et économiques
adaptés au développement, et l'adoption de réformes
politiques qui puissent faire avancer nos sociétés,
au plan de la démocratie et dans tous les domaines.
C'est dans ce cadre que nous avons suggéré que
le groupe des pays arabes prenne en charge, sur la base de sa
volonté de réforme, l'élaboration d'une
approche cohérente à ce sujet, qui serait adoptée
par le Sommet Arabe et aux termes de laquelle ils s'engageraient
à poursuivre la réforme intégrale dans
tous les domaines politiques, sociaux, culturels et éducationnels,
à consolider la démocratie et la liberté
d'expression, à renforcer le rôle de la société
civile, à protéger les droits de l'homme, et à
renforcer le rôle de la femme arabe dans l'édification
de la société.
Dans le projet que nous avons proposé, nous avons également
insisté sur l'attachement aux valeurs de tolérance,
le principe de dialogue des civilisations, le rejet absolu de
l'extrémisme, du fanatisme, de la violence et du terrorisme,
et l'attachement à barrer la route à ces phénomènes
et à en éliminer les causes, dans le cadre de
la solidarité et de la coopération internationales.
Nous pensons, pour notre part, que ces thèmes que nous
avons proposés, renforceront l'auto-immunité indispensable
à la réalisation du développement intégral,
dans ses dimensions sociale, économique et politique
et à la construction d'un ensemble régional évolué
et agissant.
Pour répondre, maintenant, à la deuxième
partie de votre question, je vous dirais que nous avons la conviction
que les perspectives sont largement ouvertes devant le système
régional arabe pour qu'il évolue en cadre effectivement
apte à mobiliser toutes ses potentialités pour
faire face aux défis auxquels il est confronté.
Aussi avons-nous la conviction que la Ligue Arabe reste l'espace
idoine qui reflète la volonté arabe commune, indépendamment
des hauts et des bas qu'elle a eu à connaître.
A condition, toutefois, de ne pas perdre de vue la nécessité
de hâter son processus de réforme et de rénovation
de ses méthodes et moyens d'action, et de promouvoir
ses objectifs, de manière à susciter un changement
qualitatif au bénéfice de l'ensemble de ses membres.
Notre pays avait présenté nombre d'initiatives
en vue de la réalisation de la réforme souhaitée.
Nous avons, entre autres, préconisé la création
d'un mécanisme arabe de règlement et de prévention
des conflits, ainsi que l'adoption du principe de périodicité
des assises du Sommet. Notre pays a en outre appuyé le
plan de réforme de la Ligue Arabe et de modernisation
de ses structures.
Nous ne mettons pas en doute l'existence de la volonté
politique de nos frères dirigeants arabes, de conférer
un surcroît d'efficience et de crédibilité
à l'action arabe commune.
Nous continuons d'avoir la conviction inébranlable que
le volet économique reste la meilleure voie de passage
et l'itinéraire le plus efficace pour l'édification
d'un nouveau système régional interarabe, en même
temps que le noyau solide engendrant son invulnérabilité.
La Tunisie a adhéré avec sérieux et efficience
au projet de création d'une zone panarabe de libre commerce,
préalablement à l'avènement d'un marché
commun arabe. Le monde est fait, aujourd'hui, de grands ensembles;
et il est insensé que les Arabes restent en dehors des
mécanismes qui gouvernent l'activité mondiale
et permettent d'y être présent. Le regroupement
économique arabe est notre itinéraire pour accéder
à une position avancée, sur le chemin de la communauté
d'intérêts, de positions et de destinée.
L'Union Européenne nous offre, en l'occurrence, un exemple,
en même temps qu'un modèle dont nous nous devons
de nous inspirer.
Question
:
Comment la
Tunisie conçoit-elle le moyen le plus efficace pour combattre
le terrorisme et en éradiquer les sources ?
Réponse
:
La
Tunisie qui a pris conscience très tôt, des dangers
du phénomène du terrorisme, a appelé, dès
la fin des années quatre vingt du siècle dernier,
à la nécessité d'établir un système
mondial pour y remédier et d'intensifier la coopération
pour le prévenir et l'éradiquer.
Nous considérons, quant à nous, que ce qui est
demandé, aujourd'hui, pour combattre le terrorisme, c'est
de concevoir une approche qui permette de s'attaquer aux sources
du phénomène du terrorisme et ne se limite pas
à en effleurer les parties apparentes, ni à se
contenter de solutions partielles. Il est dès lors indispensable
d'adopter une approche globale et multi-dimensionnelle dans
laquelle il n'y ait ni préséance ni préférence
pour un volet au détriment des autres.
Ainsi, outre le démantèlement des bases et réseaux
du terrorisme, il importe d'élaborer des politiques économiques
et sociales qui puissent consacrer le principe du développement
solidaire entre les Etats et les peuples, étant entendu
que la solution militaire et sécuritaire à elle
seule ne peut suffire, nombreux ayant été les
échecs du recours à cette option dans la lutte
contre le phénomène du terrorisme.
Dans ce cadre, nous considérons qu'il est nécessaire
d'instaurer une alliance internationale pour la lutte contre
la pauvreté et l'élimination de la marginalisation
et l'exclusion sociales. Car la pauvreté est le terroir
le plus favorable à l'éclosion de l'extrémisme
et du terrorisme. Aussi importe-t-il d'uvrer à
combler le fossé qui ne cesse de s'élargir entre
deux mondes dissemblables, celui du Nord et celui du Sud, et
d'instaurer un nouveau système mondial fondé sur
la justice et la solidarité et garantissant un niveau
minimum de dignité et de décence dans les pays
pauvres de l'hémisphère Sud. Le défi du
terrorisme auquel le monde est aujourd'hui confronté,
trouve dans la misère et le dénuement, autant
de sources qui l'alimentent.
Nous autres Tunisiens, nous ne nous sommes pas contentés
d'identifier le fléau et de mettre en garde contre ses
dangers, mais avons également présenté
des suggestions et des idées pour le combattre. C'est
dans ce cadre que s'inscrit notre appel en faveur de la création
d'un Fonds mondial de solidarité, un organisme, qui,
de notre point de vue, constitue le prélude pratique
de l'alliance préconisée, une alliance qui, comme
le suggère le Fonds, regrouperait les Gouvernements,
les Etats et les organisations non-gouvernementales, pour faire
front uni contre la pauvreté, la maladie et les endémies,
dès lors qu'il est inadmissible que la majeure partie
de l'humanité reste sous l'emprise du sous-développement,
de la faim et de la maladie.
Et si le terrorisme exploite le besoin des démunis pour
leur faire croire qu'il détient les solutions idoines
à leurs souffrances, il trouve, aussi, un appui dans
les sentiments d'humilité et d'injustice, dès
lors que la négligence des droits d'autrui et l'insouciance
au regard de leurs souffrances, génèrent un sentiment
de désillusion, de rancur et de résignation,
ainsi que la haine et l'animosité, surtout lorsqu'il
s'agit des problèmes chroniques des Arabes et des musulmans,
et tout particulièrement, du problème palestinien.
Voilà pourquoi nous insistons sur le fait que l'élimination
des causes et l'instauration de solutions justes pour les conflits
existants permettraient de mettre fin au cycle de la haine sanglante
et d'isoler ses tenants et partisans. Ceci nécessite
également le règlement des problèmes internationaux
en suspens, loin de toute notion des deux poids et deux mesures.
En
outre, la négligence du volet culturel dans les relations
entre les peuples a contribué à la propagation
d'une rupture entre les différentes cultures, d'une manière
qui empêche l'enracinement des valeurs de coexistence
et de dialogue des cultures et des religions entre les nations
et les peuples. C'est ce qui nous incite à uvrer
en vue de consacrer les valeurs de tolérance et d'entraide
entre les individus, les groupes et les peuples, pour préparer
un avenir meilleur pour l'humanité, loin de toute confrontation
ou discorde.
Enfin, l'un des facteurs de réussite requis dans la lutte
contre le terrorisme est que les Nations Unies doivent constituer
le cadre d'accueil qui exprime la volonté internationale
et la conscience vive universelle face aux courants du terrorisme,
afin que la lutte prenne ses dimensions universelles globales,
au-delà des dimensions égocentriques de telle
partie ou de telle autre; dès lors que le terrorisme
n'a pas d'identité et n'exclut personne.
Dans ce contexte, notre appel en faveur de la convocation d'une
conférence internationale sous les auspices des Nations
Unies, se fait, aujourd'hui, plus insistant, l'objectif étant
d'instaurer un Code de conduite international pour la lutte
contre le terrorisme, qui engagerait toutes les parties.
Question
:
Quelle est
la position de Votre Excellence vis-à-vis des développements
du dossier irakien ?
Réponse
:
L'éloignement
des risques de tension et d'instabilité au Moyen Orient
et dans le monde exige, de notre point de vue, que soit accéléré
le règlement de la situation d'après-guerre en
Irak, en instaurant les conditions de sécurité
et de stabilité au profit du peuple irakien et en reconstruisant
son pays, dans le cadre du respect total de sa souveraineté
et de la préservation de son intégrité
territoriale.
Question
:
Est-il possible
de stopper la dégradation de la situation dans le conflit
israélo-palestinien et quelles sont, selon votre Excellence,
les voies les plus sûres pour parvenir à la paix
souhaitée ? Quel rôle les Etats-Unis d'Amérique
et l'Organisation des Nations Unies peuvent-ils jouer pour que
cet objectif soit atteint ?
Réponse
:
Nous
sommes convaincus, pour notre part, que le règlement
de la situation dramatique qui prévaut dans les territoires
palestiniens occupés et la cessation de la dangereuse
escalade créée par la persistance de l'agression
israélienne contre le peuple palestinien et ses dirigeants,
sont subordonnés au rétablissement de ce peuple
dans la plénitude de ses droit légitimes, y compris
son droit à la création d'un Etat indépendant
sur le sol de sa patrie.
Nous considérons que semblable situation exige des Nations
Unies et des parties influentes, y compris l'Union Européenne,
d'agir de manière rapide et cruciale en vue de garantir
une protection internationale au peuple palestinien et d'aménager
les conditions appropriées pour la reprise des négociations
et l'application de la "feuille de route"; de manière
à ouvrir la voie à la réalisation d'une
paix juste, globale et durable pour l'ensemble des peuples de
la région.
La Tunisie qui a appuyé le processus de paix depuis son
démarrage, s'attache à continuer de contribuer,
depuis la position qui est la sienne, à tous les efforts
visant l'instauration de la paix et de la stabilité et
l'aménagement d'un climat propice à la réalisation
de la sécurité et du développement pour
l'ensemble des peuples de la région.
Question
:
Parmi
les multiples réalisations accomplies depuis le début
du Changement, dans les domaines économique, social et
politique ans votre pays, quelles sont celles qui vous procurent
le plus de satisfaction, qui vous sont les plus chères,
et qui ont nécessité les plus gros efforts ?
Réponse
:
Je pense
que les réalisations accomplies par la Tunisie sont,
aujourd'hui, fort bien connues, à la faveur des témoignages
de nombreuses organisations et instances régionales et
internationales. Etant convaincus que le Changement est une
aspiration vers l'avenir, une adaptation aux nouvelles réalités
et un travail quotidien ininterrompu qui revêt à
chaque nouvelle étape, une nouvelle forme, je me contenterais
de citer quelques chiffres qui ont été réalisés
en Tunisie et qui rendent légitime notre ambition d'atteindre
un niveau supérieur, compte tenu de réalités
matérielles concrètes et non point de simples
probabilités sans fondement.
Au cours de ces dernières années, nous avons réussi
à accomplir un bond qualitatif en avant dans les domaines
économique, social, culturel et politique, malgré
les difficultés et les contraintes. Notre économie
a acquis plus de force, d'invulnérabilité et de
capacité d'ouverture sur son environnement mondial. Le
taux de croissance s'est établi en moyenne à 5
% pendant une longue période; ce qui a facilité
la création d'emplois et la régression du chômage
dans notre pays. Ainsi, les créations d'emplois ont été
au nombre de 322 mille au cours du IXe Plan (1997-2001).
Dans
le même temps, le revenu par habitant a progressé,
le taux de pauvreté est tombé à 4,2 % de
la population et notre pays s'est classé au premier rang
africain dans le domaine de la compétitivité.
En outre, la Tunisie a été incluse dans la liste
des quatre vingts pays les plus développés dans
le monde, tandis que la classe moyenne s'élargissait
pour englober plus des deux-tiers de la société,
et que le taux de croissance démographique n'excédait
guère 1,1 % . Quant à la moyenne d'espérance
de vie à la naissance, elle s'établit à
73 ans. Ceci en plus d'un taux de scolarisation supérieur
à 99 % pour les enfants âgés de six ans,
filles et garçons.
Outre la sauvegarde de l'intégrité des équilibres
majeurs, le taux d'inflation a été ramené
à 2,7 %, tandis que le déficit du budget tombait
à 2,4 % et que le service de la dette se réduisait
à 15,6 % des recettes de l'exportation en 2001, contre
26,3 % en 1987. En outre, le rythme des exportations s'est accéléré
pour atteindre le taux de 7 % par an.
Cette réussite économique s'est faite sans affecter
le volet social, en ce sens que nous avons adopté une
approche qui conjugue les dimensions économique et sociale,
pour consacrer note conviction que le développement durable
ne peut être qu'intégral. A cet égard, je
voudrais souligner qu'en Tunisie, et tout au long des années
qui ont suivi le Changement, les salariés ont bénéficié
d'augmentations salariales, avec une régularité
jamais vue auparavant dans le pays, et à une cadence
rarement égalée ailleurs dans le monde.
En
outre, le salaire minimum interprofessionnel garanti a été
multiplié par deux, tandis que le salaire minimum agricole
était majoré dans la proportion de 113 %. En outre,
le pourcentage des assurés sociaux est passé à
86 % contre 54 % en 1987. Quant aux prestations fournies aux
assurés et aux membres de leurs familles, elles ont représenté
30,8 % des transferts sociaux et 6 % du Produit Intérieur
Brut.
Au plan politique, nous avons fait passer la Tunisie du stade
de société de parti unique à celui de société
pluraliste, tandis que le Parlement passait du stade monocolore
à celui de parlement dans lequel l'opposition occupe
20 % des sièges et la femme 11,5 %. Dans le même
temps, la démocratie locale s'est concrétisée
au niveau des conseils municipaux, avec l'inclusion de l'opposition
et des indépendants, tandis que la femme passait du stade
de l'égalité au statut de partenaire au sein de
la société, et que le tissu associatif et les
institutions de la société civile se multipliaient
et renforçaient leur rayonnement et leur présence.
Nous
avons, également, consacré la liberté de
la presse, la liberté d'expression et le droit à
la communication, et ouvert la voie devant le secteur privé,
dans ces domaines. Nous avons aussi fait triompher les droits
de l'homme, dans leurs dimensions globales, et avons réhabilité
les valeurs, principes et institutions de la République.
Autant de réalisations qui trouvent leur éclatante
illustration dans la stabilité et la sécurité
dont jouit la Tunisie.
Cependant et tout en n'accordant aucune préséance
à l'une quelconque de ces réalisations, qui ont
toutes leur impact et leurs incidences positives sur le devenir
des Tunisiens, notre réussite dans l'enracinement des
valeurs de solidarité et d'entraide qui unissent toutes
les couches de la société dans notre pays, à
travers le Fonds de Solidarité Nationale, plus connu
en Tunisie sous l'appellation de Fonds 26-26, reste l'acquis
le plus cher à mon cur, en même temps qu'une
source de fierté pour moi-même; tant ce fonds nous
a permis de soustraire plus d'un million et demi de Tunisiens
à la marginalisation et au dénuement, et de les
doter de moyens d'existence décents, en intégrant
des zones entières dans le circuit de l'économie,
après avoir brisé leur isolement et les avoir
dotées des attributs du développement.
En outre, l'un des acquis qui me sont les plus chers, réside
dans ce que nous avons accompli au bénéfice de
la femme tunisienne; en ce sens que les droits de la femme dans
notre pays ont connu une évolution qualitative, depuis
le Changement, consacrant les principes d'égalité
des chances et de partenariat entre l'homme et la femme, dans
la vie privée et publique. Aujourd'hui, la femme tunisienne
est un partenaire agissant dans le processus de développement
et dont le rôle est indispensable dans l'édification
du présent et de l'avenir de la Tunisie.
Nos ressources humaines sont notre richesse principale et notre
instrument le plus efficace pour l'édification du progrès
et la généralisation du bien-être, au bénéfice
de tous les Tunisiens. Nous nous préoccupons de continuer
à les protéger et à développer leurs
aptitudes, pour contribuer à l'épanouissement
de la Tunisie et à son progrès.
Voilà bien pourquoi le dossier qui a requis et continue
de requérir les plus gros efforts reste celui de l'emploi
que nous avons placé au premier rang de notre programme
et de nos priorités nationales, s'agissant de préserver
la dignité de l'individu et de garantir l'un des droits
fondamentaux de l'être humain.
Tout en étant satisfaits des résultats enregistrés
dans ce domaine, nous continuerons de mobiliser toutes nos politiques
et tous nos programmes pour gagner le pari de l'emploi pour
tous et assurer à nos jeunes des opportunités
d'insertion dans les circuits du travail et de la production.
Question
:
Pouvez-vous
nous donner une idée des objectifs de la prochaine étape
?
Réponse
:
Au
cours de la première étape du Changement, nous
nous sommes préoccupés de faire en sorte que la
Tunisie retrouve sa bonne santé et de protéger
le droit des citoyens tunisiens dans un environnement politique,
économique, social et culturel sain; autrement dit de
doter l'individu tunisien des attributs de la citoyenneté
et d'une vie digne. L'étape à venir sera celle
d'une nouvelle phase du Changement, avec des étapes plus
larges en direction du progrès, qui reflèteront
notre ambition d'accéder au mieux constant.
Nous abordons une nouvelle étape dans laquelle le processus
démocratique sera renforcé, en même temps
que s'ouvriront des horizons plus vastes devant la participation
à la vie politique, pour les diverses composantes de
la société civile, pour garantir l'évolution
de l'édifice institutionnel et républicain en
Tunisie et conforter les fondements de la démocratie
dans le contexte d'un Etat de droit prenant appui sur une Constitution
évoluée.
En outre, la prochaine étape sera celle de la promotion
des attributs du développement intégral et des
acquis de notre peuple, dans les différents domaines.
Ce qui trouve son illustration dans le Xe Plan de développement
(2002-2006) qui est déjà en cours d'application
et qui représente une étape cruciale dans notre
processus de développement, eu égard aux défis
que nous aurons à lever durant l'étape à
venir, à la lumière d'une conjoncture mondiale
délicate.
Il
importe de souligner, à cet égard, que la stimulation
de l'investissement et de l'exportation, ainsi que la création
de nouvelles entreprises continuent d'être un enjeu essentiel
et une nécessité stratégique pour la réalisation
de nos objectifs en matière d'emploi, domaine qui reste
au premier rang de nos préoccupations et de nos priorités.
Nous avons la conviction d'être en mesure de relever les
défis, en comptant sur la capacité d'action civilisationnelle
créatrice des Tunisiens, sur l'entente et la stabilité
qui caractérisent notre climat social et politique, et
sur la solidité de notre économie qui l'habilite
à s'adapter à tous les changements.
Il
vous sera loisible de trouver de plus amples détails,
concernant l'étape à venir en Tunisie et les implications
des objectifs que nous avons définis, dans notre programme
électoral qui sera annoncé en temps opportun.